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Mondialisation, musiques et danses : circulations, mutations, pouvoirs

Ce projet porte sur les rapports de domination et les logiques de circulations et de mutations à l’œuvre dans les pratiques musicales et dansées, dans le contexte de la mondialisation. Les sciences sociales sont aujourd’hui confrontées aux défis posés par la mobilité croissante des acteurs et des objets. Le champ des études sur les pratiques musicales et dansées est particulièrement concerné par ce phénomène de mondialisation. Notre projet entend mettre à l’épreuve les outils conceptuels que sont le métissage, les réseaux transnationaux, l’acculturation, et la mondialisation, au travers de terrains variés, mobiles, et bi-situés. Notre entreprise ne consiste donc pas à comparer des répertoires ou des contextes variés, mais à mettre en lumière des logiques communes de circulation, de mutations et de hiérarchisations.
Dans cette perspective, nous nous attacherons à identifier les relations établies entre différents types d’individus (musiciens, publics, agents) ainsi que les liens opérés entre ces individus et les flux culturels organisés à différentes échelles. Nous tâcherons également de mettre en lumière les facteurs qui interviennent dans l’orientation de ces individus (valeurs, identités, etc.). Notre travail se concentrera non seulement sur les produits et les producteurs, mais aussi sur les agencements des rôles sociaux que les acteurs endossent dans leurs interactions avec autrui au cours de leur existence, et sur la multiplicité des échelles et des positionnements.

L’analyse des jugements esthétiques, entendus comme des activités de justification (Becker, 1982), permettra de mesurer les enjeux identitaires, politiques et économiques dont les catégorisations musicales sont le support. Notre attention se portera sur l’hétérogénéité de leurs usages, les principes sur lesquels se fondent les goûts du public et des musiciens, les clivages qu’ils recouvrent, les divergences d’interprétations, les réprobations d’attitude et de goût, les processus de légitimation mis en œuvre, analysés dans toute leur ambivalence et leurs paradoxes.

Ce projet invite ainsi à repenser certaines oppositions et corrélations parfois invoquées dans les analyses sur les usages sociaux de la musique et de la danse : ils amènent à les situer dans les interstices entre le rural et l’urbain, entre le centre et la périphérie, entre les revendications de tradition et de métissage, entre le local, le national et le global (Wade, 2000 : 8 ; Manuel, 1993 : 20) ; ils mettent en lumière la relation dialectique de ces espaces sociaux en soulignant leurs articulations.

Notre problématique s’inscrit dans une perspective transnationale indispensable afin d’analyser le processus de réinterprétation musicale et dansée, de suivre les transformations d’un espace géographique à l’autre et/ou d’un réseau à l’autre et de comparer les logiques à l’œuvre.

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1. Changements d’échelles, itinéraires, réseaux, médias


Que les musiques et les danses circulent semble aujourd’hui relever d’un lieu commun. La mise en relief de la mondialisation des musiques et des danses contemporaines a suscité plusieurs travaux qui témoignent d’un tel processus. Notre projet entend précisément dépasser ce constat et le recensement des pratiques musicales et dansées qui l’illustrent. Il s’agit ici d’analyser les processus de désancrage et de réancrage - indigénisation (Appadurai, 1996), re-territorialisation - et de changements d’échelles dont relèvent ces circulations.

La multiplicité des terrains abordés permettra de dégager plusieurs formes de mobilités : mobilité géographique à différentes échelles : locale, régionale, nationale ; mobilités sociales, qui comprennent le passage d’un milieu social à un autre, mais aussi d’un groupe culturel à un autre.

Par ailleurs, les circulations ne s’effectuent pas de façon aléatoire. Elles sont soumises à des contraintes. Certes, les pièces et les répertoires sont aujourd’hui directement appréhendables indépendamment de leurs producteurs directs. Mais d’autres acteurs entrent en jeu et suscitent des circulations dont on peut retracer la logique et l’histoire. Elles peuvent s’effectuer par le biais de l’industrie musicale, mais aussi par le biais de réseaux informels (de musiciens, de danseurs, de promoteurs, d’intellectuels…), de groupes, d’associations, de confréries (dans le cas des musiques et danses rituelles) et de réseaux formalisés.

Le concept de réseau nous permet non seulement de nous pencher sur les liens entre personnes et groupes, mais aussi de tenir compte des connexions entre les liens eux-mêmes. Nous étudierons les trajets ou itinéraires de certains individus clé - ou noeuds - qui parcourent de nouveaux contextes géographiques et culturels, en considérant que leurs trajets tissent à leur tour des circuits et construisent des ponts entre différents réseaux.

L’ensemble de notre équipe s’attachera à comprendre les processus à l’œuvre lorsqu’une musique/danse passe d’une inscription locale et/ou régionale à une diffusion et des réseaux nationaux ou internationaux.

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2. Institutionnalisation, catégorisations et changement de statut


L’émergence, la production et la diffusion des musiques et des danses sont indissociables du rôle des industries artistiques et des institutions politiques et culturelles : les pouvoirs publics, les organismes touristiques, les maisons de disques, les producteurs, les organisateurs de festivals, les médias, en collaboration étroite avec les intermédiaires ou entrepreneurs culturels, les amateurs passionnés et les intellectuels, sont autant d’acteurs-clés qui participent à l’émergence, à l’évolution et au changement de statut de certains genres musicaux. Nos terrains contribueront à éclairer le processus de concentrations verticales et horizontales à l’œuvre dans le contexte de mondialisation. Ce processus ne doit pas être envisagé en terme de contrôle univoque, mais de compromis entre les intentions des producteurs, des artistes, et les appréciations parfois divergentes du public. Il s’agit de mettre en lumière l’équilibre entre production et réception des musiques populaires, dont dépendent leur légitimation publique, leur évolution, leur diffusion et leur succès.

Nous engagerons parallèlement une réflexion critique sur la construction des catégories utilisées dans différents cadres (institutionnels, artistiques et académiques) pour définir les musiques et les danses étudiées et les débats taxinomiques qui en découlent : « populaires », « de masse », « savantes », « traditionnelles », « ethniques », « folkloriques », « noires », « blanches », « métisses », « sacrées », « profanes », « musique à danser » sont autant de classifications dont l’instrumentalisation et l’impact social, économique et politique devront être analysés. Ces entreprises communes de hiérarchisation, répondent à une quête d’authenticité qui s’élabore au travers de l’identification de personnages pionniers contribuant à l’élaboration de mythes fondateurs. Ceux-ci empruntent bien souvent la forme de l’anecdote, conforme à l’imaginaire dans lequel s’inscrit le style musical, et participe à la définition de ses canons en situant l’origine de cette tradition dans l’espace et dans le temps.

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3. Musiques et danses du monde : les paradigmes du métissage à l’épreuve


Les musiques et les danses dites du monde sont aujourd’hui souvent perçues comme un véritable creuset culturel, érigées en symbole de partage et d’enrichissement. Elles dépasseraient ainsi tous les clivages, tout en étant définies par opposition aux « musiques savantes » et à la « culture légitime ». Le paradigme du métissage musical occulte de plus les discordances, les mécanismes de domination au sein des musiques populaires, le maintien dans la pratique de diverses formes de discriminations, les conflits de pouvoir, les réprobations d’attitudes et de goûts. La mise en avant des différents apports dont se composent les musiques et danses du monde s’accompagne bien souvent de la revendication d’une tradition et d’une légitimation de la différence. C’est précisément ce double processus de valorisation du métissage et de rhétorique des origines qui sera au centre de notre attention.

La capacité du concept de métissage à analyser les interactions culturelles se heurte constamment aux paradoxes persistants qui l’habitent, désignant des processus jugés inhérents à la dynamique culturelle et revenant en définitive à réintroduire une lecture biologisante des sociétés. Les groupes d’individus impliqués dans les processus dits d’acculturation entrent dans des rapports souvent inégalitaires, mais dont aucun n’est dépourvu de possibilités d’intervention. C’est, entre autre, cette capacité d’intervention qui nous intéresse.
Il s’agira ainsi de réinterroger les notions de métissage et d’authenticité, en s’émancipant d’un discours valorisant afin de mettre en lumière les réappropriations dont ce processus est l’objet, ainsi que les tensions et clivages sociaux qu’elle recouvre.


Méthodologie

À l’image des acteurs, nos terrains sont mobiles, couvrant un espace recomposé par les pratiques elles-mêmes. La problématique choisie implique l’articulation de plusieurs champs d’investigations : des lieux d’inscriptions (quartiers, salles de danses, régions), des événements (festivals, concerts, spectacles, stages, émissions télévisées, congrès), des espaces de relations (associations, réseaux, confréries), des individus (parcours de vie décrivant des itinéraires personnels en soulignant leur évolution dans l’espace et dans le temps, discours de l’artiste sur son parcours, son passé, sa genèse en tant qu’artiste). En accompagnant musiciens et danseurs dans leur travail et sur une longue durée, il s’agira de construire des récits de vies et de dégager la cohérence de leurs trajectoires.

La dimension comparative est au cœur de notre projet : il s’agira de mettre en lumière, simultanément, des contraintes externes et les capacités d’initiative et de résistance des individus et des groupes locaux. Ce n’est donc pas l’autonomie des systèmes culturels qui sera privilégiée mais leur aspect problématique, hétérogène et ambivalent.

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Références citées

Amselle, Jean-Loup, 1990, Logiques métisses. Anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs, Paris, Bibliothèque scientifique Payot.

Amselle, Jean-Loup, 2001, Branchements. Anthropologie de l’universalité des cultures, Paris, Flammarion.

Appadurai, Arjun, 1996, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, London, University of Minnesota Press.

Balandier, Georges, 1963, Sociologie actuelle de l’Afrique noire, Paris, PUF.

Becker, Howard S., 1982. Art Worlds. Berkeley, Los Angeles: University of California Press.

Colonomos, Ariel, 1995 (ed.), Sociologie des réseaux transnationaux. Communautés, entreprises et individus: lien social et système international, Paris, l’Harmattan.

Forsé, Michel, 1991, « Les réseaux de sociabilité: un état des lieux », L’Année Sociologique, vol. 41, p. 247-264.

Kartomi, Margaret J, « The Processes and Results of Musical Culture Contact: a Discussion of Terminology and Concepts », Ethnomusicology, 25, may 1981, pp. 227-249.

Manuel, Peter, 1993. Cassette Culture: Popular Music and Technology in North India. Chicago: University of Chicago Press.

Wade, Peter, 2000. Music, Race & Nation: Musica Tropical in Colombia. Chicago: University of Chicago Press.

Waterman, Christopher Alan, Juju, A Social History and Ethnography of an African popular Music, Chicago and London, University of Chicago, 1990.

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